Résultats d’un an et demi d’enquête

10 ans après l’émergence de la première monnaie locale complémentaire en France, il en existe aujourd’hui 82. Elles rassemblent 10 000 entreprises et associations, et 35 000 citoyens. Au Pays Basque, l’Eusko, qui existe depuis 2013, est la plus importante monnaie locale d’Europe avec 2,5 millions d’eusko en circulation. Elle regroupe dans son réseau 4000 utilisateurs particuliers, 1100 professionnels et 28 communes*, ainsi que la Communauté d’Agglomération Pays Basque.

Alors que les acteurs du développement territorial cherchent à apporter des réponses concrètes aux nouveaux enjeux, les monnaies locales complémentaires (MLC) contribuent de diverses manières à la construction de territoires plus dynamiques, solidaires et résilients. Pour mesurer l’impact de ces nouvelles monnaies, le Mouvement SOL, qui fédère une quarantaine de monnaies locales, a piloté d’octobre 2019 à mars 2021 une large étude sur leur utilité sociale, à laquelle de nombreux utilisateurs de l’Eusko ont répondu. On y voit des résultats, à échelle globale mais également locale, qui permettent de faire la lumière sur l’action vertueuse de ces monnaies pour leur territoire.

 

Un élan pour la transition écologique

Les monnaies locales développent les circuits courts, réduisant ainsi les émissions de gaz à effets de serre liés aux transports. Ainsi, au Pays Basque, près de la moitié des utilisateurs de l’Eusko (48%) achètent davantage en direct auprès des producteurs qu’ils ne le faisaient avant de passer à l’Eusko, et plus généralement, 72% ont augmenté leur consommation de produits locaux. Au niveau global, les utilisateurs des MLC sont 69 % à se rendre moins qu’avant dans les grandes surfaces, et plus de la moitié (51%) déclarent avoir diminué leurs achats en ligne. Ce changement se fait au profit des commerces de proximité, puisqu’au Pays Basque par exemple, 61% des utilisateurs de l’Eusko consomment davantage chez les petits commerçants qu’auparavant. Les monnaies locales soutiennent donc clairement le commerce de proximité, ce qui est particulièrement important dans la période actuelle.

Les professionnels du réseau ont également leur rôle à jouer en termes de transition écologique, et on remarque un effet d’entrainement des monnaies locales : 84% des professionnels répondant à l’enquête disent avoir, depuis leur adhésion à la monnaie locale, adapté leurs méthodes de travail pour réduire leur impact environnemental, par exemple en se tournant vers un fournisseur d’énergie verte. Cela va dans le sens des chartes mises en place par les monnaies locales, comme à l’Eusko, où sont exclues les pratiques socialement ou écologiquement non responsables (grande distribution ou agriculture industrielle) ; la priorité étant donnée aux productions locales et à l’agriculture paysanne, pour un développement respectueux de l’homme et de l’environnement.

Enfin, les euros convertis en monnaie locale sont placés dans des fonds de réserve au sein de banques éthiques, permettant l’émergence d’un « double circuit vertueux de la monnaie ». En effet, un euro converti compte double, puisqu’il permet la mise circulation d’une unité de monnaie locale sur le territoire, et va également abonder un fonds de réserve, entrant dans une circulation financière éthique. Principalement déposés au sein du Crédit Coopératif et de la Nef, ces fonds de réserve alimentent de nouveaux circuits d’investissement responsable servant à financer des projets à haute plus-value sociale ou environnementale.

 

Un réseau solidaire, créateur de lien social

Au sein des réseaux de MLC émerge généralement un sentiment d’appartenance à une communauté et des valeurs partagées, ce qui se traduit par le développement de nouvelles relations. Ainsi, 81% des utilisateurs de l’Eusko disent aller prioritairement chez les professionnels du réseau, et 83% recommandent autour d’eux les professionnels qui acceptent l’eusko. De plus, les liens entre particuliers et professionnels sont en permanence renforcés par l’usage de la monnaie locale : les deux tiers des particuliers affirment avoir plus tendance à discuter avec les professionnels qui acceptent la monnaie locale qu’avec les autres. Une solidarité et un lien social qui s’expriment aussi entre professionnels du réseau : 80% d’entre eux ont déjà recommandé un confrère qui accepte la monnaie locale, et près d’un tiers disent le faire souvent.

A l’Eusko, les achats en monnaie locales sont également solidaires, en finançant le tissu associatif local : un montant égal à 3% de vos achats est reversé par l’Eusko à l’association de votre choix, à condition qu’elle ait au moins 30 parrains. Ainsi, depuis ses débuts, l’Eusko a reversé plus de 130 000 eusko à 60 associations !

Enfin, les MLC sont elles aussi des associations créatrices de lien social, à travers les différents événements et sensibilisations qu’elles proposent. Deux tiers des adhérents de l’Eusko ont déjà participé à des événements organisés par la monnaie locale, et au niveau du territoire français, ce ne sont pas moins de 40 000 personnes qui sont ainsi sensibilisées chaque année.


Eusko Elkarteen Eguna 2020

 

Un accélérateur de dynamiques territoriales

L’impact des MLC sur l’économie locale est démultiplié par le fait que celles-ci ne peuvent circuler que localement. Un euro dépensé en eusko, c’est un euro qui va rester sur le Pays Basque et renforcer l’économie du territoire, et donc l’emploi local. Chaque transaction initie un cercle vertueux de circulation qui participe très concrètement à relocaliser les échanges. Cela a pour effet de multiplier et consolider les liens économiques locaux, encourageant les relations commerciales au sein d’un réseau reliant les habitants, les entreprises, les associations et les collectivités locales utilisateurs de la monnaie. Ainsi, 56 % des professionnels du réseau ont pris au moins un nouveau fournisseur local, et 84 % n’ont jamais eu à reconvertir d’eusko, preuve que l’eusko circule ! Et au niveau de l’hexagone, 22% des professionnels adhérents à une monnaie locale estiment qu’elle a un effet visible sur leur chiffre d’affaires.

Enfin, les monnaies locales concourent à la visibilité du patrimoine économique et culturel de leur territoire. 80% des utilisateurs des MLC disent avoir découvert d’autres aspects de leur territoire (lieux, monuments, artisans, etc.) à travers l’usage de la monnaie locale. Au Pays Basque, l’Eusko participe activement à la visibilité de la langue basque, à travers une communication bilingue, et des défis proposés aux professionnels du réseau, comme la mise en place d’un affichage bilingue, avec plus de 250 commerces déjà accompagnés.

 

Le rôle essentiel des collectivités

S’il est évident que l’utilisation de la MLC par la collectivité renforce la crédibilité de la monnaie aux yeux des habitants et du tissu économique, il faut surtout souligner que l’articulation de ces monnaies à diverses formes de politiques publiques locales est l’une des clés qui permettra de booster leurs impacts économiques, écologiques, sociaux et solidaires. Un paiement en monnaie locale génère 1,25 à 1,55 fois plus de revenus pour le territoire qu’un paiement en euro !

Au Pays Basque, les entreprises ont par exemple réagi récemment à l’augmentation des impôts locaux. Elles pourraient avoir intérêt à demander à la Communauté Pays Basque, qui est destinataire d’une partie de ces impôts, de développer ses dépenses en monnaie locale, pour que cet argent retourne en partie aux entreprises du territoire. En effet, la part d’une subvention, d’une facture, d’un salaire ou d’une indemnité d’élu payé en eusko sera forcément dépensée auprès d’un commerce ou d’une entreprise du territoire. De la même manière, les Mairies ont tout intérêt à développer leurs paiements en eusko, comme une quarantaine d’entre elles s’y sont engagées au Pays Basque lors des dernières élections municipales.

L’Eusko se tient à la disposition de tous les élus, entreprises, associations et particuliers qui souhaitent intégrer cette dynamique, pour participer à la construction d’un Pays Basque plus écologique, euskaldun et solidaire !

 

* Aincille, Ainhoa, Anhaux, Ascain, Ayherre, Bayonne, Bidarray, Ciboure, Espelette, Gabat, Gamarthe, Hasparren, Hendaye, La Bastide-Clairence, Lahonce, Macaye, Mauléon, Mendionde, Ossas-Suhare, Ostabat-Asme, Sare, Saint-Etienne-de-Baïgorry, Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-Michel, Saint-Palais, Saint-Pierre-d’Irube, Ustaritz et Villefranque.