Euskara

Le projet Eusko en bref…

Quand vous changez 100 euros :

  1. Vous recevez 100 eusko pour faire vos achats dans un réseau de professionnels engagés pour l’environnement, l’euskara et l’emploi local
  2. Vos 100 euros sont placés par Euskal Moneta dans un fonds de réserve, et vont permettre de générer 100 euros de prêts solidaires pour des entreprises et des associations du réseau Eusko.

Vous faites ainsi d’une pierre deux coups : les 100 euros que vous avez pris de votre banque classique pour les changer donnent 100 eusko pour vous, et 100 euros de prêt pour les entreprises et associations du Pays Basque.

L’eusko vous donne ainsi l’occasion de sortir une partie de votre argent de votre banque classique, généralement spéculative, pour le mettre au service de projets utiles.

En effet, les euros que vous changez en eusko sont déposés et bloqués dans un fonds de réserve par Euskal Moneta, pour répondre à l’obligation légale de détenir un euro pour chaque eusko en circulation. Euskal Moneta dépose ces euros :

  • pour la plus grande partie sur un livret de la Caisse solidaire, qui s’engage alors à investir l’équivalent des euros déposés sous forme de prêts solidaires à des entreprises et associations du Pays Basque. Ces prêts de la Caisse solidaire étant décidés par un comité d’engagement réunissant des acteurs économiques du Pays Basque, dont un représentant d’Euskal Moneta
  • en partie sur un livret solidaire de la société financière éthique La Nef, filiale du Crédit Coopératif, qui s’en sert pour financer des projets écologiques et sociaux partout en France

Plus de 44 000 eusko de dons ont été distribués depuis 2013 à une trentaine d’associations. Ce système du « 3% Assos » emprunté aux Allemands du Chiemgauer est simple : quand on adhère à l’Eusko, on choisit une association que l’on souhaite parrainer. Si cette association a 30 parrainages et adhère à Euskal Moneta, elle recevra tous les 6 mois l’équivalent de 3% de tous ceux qu’auront changé ses parrains.

Par exemple, si une association a 30 parrains qui changent 100 euros par mois, ces parrains reçoivent bien 100 eusko à chaque fois (ils ne perdent rien) et l’association recevra un don de 1080 eusko dans l’année. Ces dons sont pour la plus grande partie financés par la commission de 5% que paient les entreprises quand elles reconvertissent leurs eusko en euros au lieu de les réutiliser.

Le système de défis permet de faire entrer toute entreprise ou association rejoignant l’Eusko dans une démarche de progrès, en relevant au moins deux « défis » en deux ans :

– un défi pour l’environnement : utiliser 3 produits locaux ou, si ce n’est pas possible, faire travailler 3 membres du réseau Eusko ou, si ce n’est pas possible non plus, réaliser le tri des déchets dans l’entreprise

– un défi pour l’euskara : soit proposer un affichage bilingue, en traduisant en euskara ce qui est marqué en français à destination de ses clients (cette traduction pouvant être réalisée gratuitement par les bénévoles d’Euskal Moneta) ; soit assurer à l’oral un accueil minimum en langue basque, avec 20 h d’initiation proposées par AEK si nécessaire. Pour les associations, relever un défi pour l’euskara n’est pas obligatoire.

Par exemple, au 31 janvier 2017, 317 entreprises et associations étaient engagées dans la mise en place d’un affichage bilingue grâce aux défis de l’Eusko, ave le soutien de l’Office public de la langue basque.

Pour rappel : 87 % des prestataires estiment que les défis ne sont pas difficiles à mettre en place.


I – Pourquoi mettre en place une monnaie locale ?

Pour disposer d’un outil qui favorise l’avènement d’une économie plus respectueuse de l’être humain et de son environnement naturel et ainsi :
• mettre l’économie au service de l’homme, de la culture et de la planète,
• favoriser les échanges locaux et relocaliser une partie de l’économie
• développer le lien social et les solidarités
• développer l’utilisation et la place de l’euskara
• soutenir des projets locaux d’intérêt commun
• réduire l’impact écologique
II – Historique

L’idée de monnaie complémentaire peut surprendre. Pourtant ce fut une pratique courante tout au long de l’histoire et en particulier au Moyen Age où les villes, les monastères, les seigneurs avaient leur monnaie en complément de la monnaie royale. Ainsi de très nombreuses monnaies circulaient à l’intérieur d’un territoire. C’est la recherche de monopolisation du pouvoir qui a conduit à l’abandon de la multiplicité des monnaies. Cependant avec la grande crise de 1929, on note la réapparition de monnaies complémentaires comme réponses locales à la crise globale.
III – L’actualité : expérimentations en cours de développement dans le monde

Il y a aujourd’hui un vaste mouvement de monnaies complémentaires de par le monde (plus de 5000 expériences en cours, de nature très variées) qui s’adressent cette fois à la société dans toutes ses composantes: particuliers, entreprises et souvent collectivités locales. On les appelle monnaies parallèles, communautaires, locales ou solidaires.

Elles visent toutes à réintroduire dans l’économie du sens, des valeurs sociales et écologiques. Citons le « Ithaca Hour » aux Etats Unis, le « Calgary Dollar » au Canada, ou le SOL en France, plus spécifique à l’économie sociale et solidaire. L’une des plus proches et des plus abouties est le Chiemgauer, dans la région de Chiemgau, en Bavière, soutenue par les collectivités locales. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Chiemgauer
En Suisse, le système WIR inter-entreprises fonctionne depuis les années 1930 et relie aujourd’hui 60 000 PME qui échangent entre elles sans numéraire grâce à cette monnaie.
IV – Comment ça marche ?

Des billets infalsifiables d’1, 2, 5, 10 et 20 eusko sont édités, échangeables contre leur équivalent en euros. Les particuliers qui procèdent à cet échange ne peuvent plus faire l’échange inverse. Les entreprises, commerces, associations, municipalités, producteurs, artisans, indépendants divers qui adhèrent à la Charte de la monnaie locale peuvent recevoir ces billets comme moyen de paiement. Eux par contre peuvent les échanger contre des euros mais en perdant dans ce cas là 2 % de leur valeur. Ils sont donc incités à les remettre en circulation.

Depuis le 19 mars 2017 existe également un eusko numérique, avec des comptes eusko en ligne gérés directement par l’association Euskal Moneta, et une carte de paiement reliée pour régler ses achats dans les commerces.

Une association gère toutes les décisions relatives à cette monnaie, ainsi que l’habilitation des structures et personnes (du restaurant au kiné en passant par l’imprimerie, le comité des fêtes, le paysan ou la piscine municipale…) pouvant recevoir cette monnaie comme moyen de paiement.
Dans le même temps, la monnaie locale permet de réorienter une partie de la consommation et de la production. Pour être habilitées à recevoir cette monnaie locale, les entreprises doivent en effet obéir à un cahier des charges, édictant un certain nombre de règles d’inéligibilités : entreprises très polluantes ou connues pour leurs pratiques sociales déplorables, grandes chaînes internationales, agriculture industrielle, producteurs ou commerçants ne se fournissant pas du tout auprès d’autres producteurs locaux.
V – Intérêt pour l’entreprise 

L’eusko est avant tout un moyen pour chacun, professionnels comme particuliers, de participer à un projet collectif pour un développement harmonieux du Pays Basque, pour la défense de l’environnement, de la langue basque, du commerce de proximité et de l’agriculture paysanne.

De plus, l’entreprise, le commerce, le travailleur indépendant, le petit producteur qui rentrent dans le réseau de la monnaie locale constituent un réseau dans lequel circulent les eusko billets et numériques. Les particuliers ne peuvent dépenser leurs eusko que dans ce réseau. Cela peut permettre à ces professionnels et association de fidéliser leur clientèle, voire de gagner de nouveaux clients. Cela a de surcroit un effet label, garantissant un certain état d’esprit et une certaine qualité des pratiques des entreprises membres du réseau. Par la mise en réseau des fournisseurs, cela augmente également le chiffre d’affaire de certaines entreprises appelées à approvisionner ou à travailler pour d’autres entreprises du réseau. L’effet global est une relocalisation de la production et une redynamisation de l’activité économique locale.
VI – Intérêt pour le consommateur 

La monnaie locale favorise l’emploi local et le commerce de proximité et de ce fait la qualité de la vie.
La monnaie locale permet de se poser la question de l’origine et de la manière dont sont fabriqués et distribués les produits et services qu’il consomme au quotidien. Elle représente la garantie de faire ses achats auprès d’entreprises manifestant un intérêt minimum pour le territoire où elles sont installées, ainsi que pour la diversité linguistique et culturelle, et les valeurs écologiques et sociales. Elle lui permet de manifester au quotidien, par un geste des plus concrets et visibles, par un instrument des plus simples à porter et à utiliser, son attachement à son territoire et à un certain modèle de société et d’économie. Le consommateur quotidien devient acteur.
VII – Intérêt pour le Pays Basque

La monnaie est une institution. Elle fait exister un territoire bien précis. Le choix du territoire où la monnaie en question sera valable est fondateur d’une communauté de projet, d’une identité collective, bref d’un Pays – ouvert et intégrateur, à taille humaine, acteur de son présent et de son avenir, solidaire du reste du monde et des générations à venir – au sens où nous l’entendons ici.

L’utilisation par chaque citoyen de cette monnaie locale est un acte d’attachement à ce territoire, d’intérêt pour son évolution et son devenir.

Par la présence de points concernant la place de l’euskara dans la signalétique, la communication ou la vie interne de l’entreprise dans les défis obligatoires à relever par les professionnels du réseau, la place de l’euskara dans la vie publique se voit renforcée et promue par cette monnaie locale.

La relocalisation d’une partie du pouvoir d’achat renforce le tissu économique local. Une monnaie locale est un instrument supplémentaire pour renforcer le lien social et les solidarités locales, ainsi qu’un exercice pédagogique de masse de citoyenneté et de réappropriation de l’économie et du politique. Une monnaie locale de ce type pourra venir compléter à merveille l’ensemble des outils dont le Pays Basque s’est déjà doté pour se construire d’une manière plus humaine, plus juste, plus solidaire, plus autogérée et plus durable.
VIII – Intérêt pour la planète

En relocalisant une partie de la consommation, de la production et des services, la monnaie locale permet de limiter les transports, grands consommateurs d’énergie et d’infrastructures, et grands émetteurs de gaz à effets de serre responsables du dérèglement climatique. En favorisant les productions responsables et soutenables, elle réduit dès aujourd’hui notre empreinte écologique. La création d’une monnaie locale permet également à une partie de notre argent de ne plus alimenter le circuit financier mondial, et donc la spéculation internationale, les opérations de privatisations, d’achat de terres ou de ressources dépossédant les populations locales, et notamment celles des pays les plus pauvres.

Relocaliser l’économie et participer à la sauvegarde de la langue basque, l’euskara, toujours menacée de disparition : tels sont les deux objectifs que se sont fixés dès leur première réunion, le 15 juin 2011, les bénévoles de l’association Euskal Moneta – Monnaie locale du Pays Basque.

La dizaine de militants écologistes et de défenseurs de la langue basque présents avaient pour la plupart entendu parler pour la première fois des monnaies locales complémentaires (MLC) peu de temps auparavant, grâce à des militants de l’Abeille, la MLC de Villeneuve-sur-Lot, lors du contre-sommet de Cancon, en décembre 2010, et d’une conférence donnée à Espelette peu après.

L’association Euskal Moneta a commencé ses travaux en septembre 2011, et l’eusko a été mis en circulation après un an et demi d’un travail préparatoire intense le 31 janvier 2013 sur l’ensemble du Pays Basque nord, c’est-à-dire le Pays Basque de France, de Hendaye à Mauléon en passant par Bayonne et Saint-Palais. Au lancement, l’Eusko comptait 800 utilisateurs et 192 prestataires (commerces, entreprises et associations) dans le réseau, mais ces chiffres ont ensuite rapidement augmenté.

Ce lancement réussi a été le résultat d’un travail minutieux de préparation mené par un groupe moteur d’une douzaine de personnes qui ont réalisé un important effort d’auto-formation, de réflexion, et trois voyages d’études : rencontres nationales des MLC à Villeneuve-sur-Lot en octobre 2011, visite au Sol Violette de Toulouse en décembre 2011, puis au chiemgauer, la plus importante MLC d’Europe, en Bavière, en janvier 2012.

Pour « socialiser » le projet, Euskal Moneta a réuni dès l’automne 2011 à une première présentation une vingtaine d’associations et mouvements écologistes, sociaux et de la langue basque, représentant des milliers de membres, qui ont ensuite suivi son évolution.

Puis une vingtaine de réunions d’information ont été organisées sur tout le Pays Basque pour présenter l’avant-projet à des centaines de personnes et l’amender en fonction des retours des habitants, commerçants, chefs d’entreprises, militants associatifs, etc. C’est à la suite de ces échanges qu’a par exemple été décidé de lancer l’eusko sans fonte, car ce « taux d’intérêt négatif », malgré son fort intérêt pédagogique en termes d’éducation à d’autres façons de penser l’économie, était clairement un frein à l’appropriation du projet par les personnes que nous rencontrions.

Parallèlement, une campagne participative a été lancée pour choisir le nom de la monnaie, sur le thème : « C’est votre monnaie, à vous de choisir son nom ». Cette démarche démocratique a mobilisé un grand nombre de personnes et attiré l’attention des journalistes. Quelque 380 noms différents ont été proposés spontanément, puis un jury en a retenu sept, et les quelque 2 000 personnes participant au vote ont choisi Eusko. Eusko est un adjectif qui signifie « basque » en euskara.

Enfin, dans les derniers mois, un appel aux bonnes volontés a mobilisé une quarantaine de nouveaux bénévoles qui, organisés en commissions, ont assuré la conception et l’impression des coupons-billets de 1, 2, 5, 10 et 20 eusko, mis en place la logistique et notamment le système de distribution et de suivi sécurisé de la monnaie, préparé les outils informatiques nécessaires, les documents de communication pour les particuliers et les entreprises, la traduction pour que tous nos outils soient bilingues, le recrutement de futurs utilisateurs et prestataires, etc.

S’il a été à l’origine adopté principalement par des militants, l’eusko a en quelques mois largement dépassé ce premier cercle indispensable. Les 126 500 eusko imprimés et prévus pour tenir deux ans sont partis en trois mois, et 350 000 ont dû être réimprimés en urgence.

Aujourd’hui, plus de 500 000 eusko sont en circulation, entre plus de 3 000 adhérents particuliers, plus de 500 commerces et entreprises, et plus de 150 associations.